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Passage à vide

22 kilomètres de course, on a un passage à vide. On n'arrive pas à rattraper l'horizon. L'air est gonflé de nuages blancs dont la forme évoque des cygnes assoupis. Il y a peu de vent, juste une brise pour faire claquer l'imperméable de Serge. Cette brise charrie un parfum reconnaissable, celui du bétail. Les seuls bruits trouant le silence proviennent d'un vol de corbeaux et d'un troupeau de moutons.. Au loin, une silhouette familière, un cycliste. C'est un espagnol qui bourlingue, on échange quelques renseignements précieux.

Au très loin, deux formes égarées dans le ciel obscur marchent dans notre direction. On n'y prête pas trop attention, on savoure les bavardages de notre cycliste passionné. Nos deux silhouettes lointaines sont maintenant devant nous. Salut Serge comment ça va ? On est surpris, on se dit " ah bon ils connaissent notre nom" ! On vient de Vevey….l'amitié est créée. On parle, on parle environ 1 h au bord de la route, le vent siffle dans nos oreilles, on ne voit pas le temps, on retient le temps.

Eux sont aussi passionnés de voyages, d'espaces, de récits. Ils sont partis pour découvrir l'inconnu, puis l'incontournable vérité. Ils voyagent avec les moyens locaux. Donc beaucoup de points communs ! Serge lance à Daniel "viens courir avec moi quelques kilomètres ". Un peu timide, un regard complice vers Christelle sa charmante compagne, il accepte. Pas une minute à perdre, comme un magicien il se transforme. On le sent heureux de pouvoir partager cet instant fraternel. Tout en courant, les deux gars parlent sans interruption. Daniel nous dévoile les moindres détails de notre livre " Cours toujours ", ça nous touche.

Nous terminerons notre étape comme de " braves valaisans " au café d'en face. Les dialogues fusent, nous oublions presque notre fatigue. On aime partager ces instants simples d'une vie. On se quitte, ils ont pris beaucoup de retard sur leur programme. Daniel nous glisse un petit " quelque - chose ", en nous disant : faites-vous plaisir avec un bon repas. Un grand geste de deux voyageurs très jeunes. Merci à vous deux, que le vent de la Nouvelle-Zélande souffle dans votre direction. Que le vent souffle dans notre dos.


Tous les paysages réunis.

Après bien des jours…bien des virages et des kilomètres sans fin, nous voilà au village de Franz-Joseph Glacier. Les lieux grandioses par un décors somptueux, des montagnes, un glacier. Magie d'un contraste, entre forêt type tropical et ce glacier propre, c'est à dire blanc jusqu'à son terminal. Ici on respire un air des Alpes, on a qu'une envie de crapahuter les chemins pédestres. Ici on a des ailes, on ne peut pas nier que ce genre de décor ne nous laisse pas indifférent, bien au contraire. Ce village peuplé de 320 habitants permanents est situé sur la rive nord de la Waiko River. On s'endormira dans un lieu d'exception.


Des mots mêlant la réalité

Pays de contrastes, ici la nature règne, ici toutes sortes de paysages se déclinent sous la foulée de Serge. Serge est guidé par son étoile, guidé par cette nature qui ressemble si étroitement à nos Alpes. Il est guidé par les sens de la vie. Cette envie toujours aussi forte d'explorer l'instant présent. En ce moment, il se trouve dans son univers, cet univers d'une fabuleuse richesse : l'authenticité et l'esprit d'aventure. Il court pour avancer, tracer notre ligne de vie.

Ici l'Ile du Sud, un vrai challenge avec ses dénivellations conséquentes, avec un vent furieux de face. Je regarde Serge du coin de l'œil, je le compare à un cow-boy qui s'empare de son lasso sur un cheval au galop. Il déplace toute sa force et son énergie pour attraper un petit taureau. En le regardant courir, il donne cette image de force, de volonté, à vouloir toujours aller au bout de soi-même. Aujourd'hui, il fait des efforts pour masquer sa fatigue. Serge ne recule jamais face à ses tracas. Le silence règne, il me regarde, je lui souris, je sens qu'il en bave aujourd'hui, je le trouve émouvant.


10. 12. 2003

30'000 Km On ne sait plus ce que cela veut dire…
La seule chose que l'on sait… c'est les heures, les kilomètres de foulée, les jours, les mois, les années passées sur la route du monde, notre route de vie.
La seule chose que l'on sait, c'est que tous les jours on recommence au kilomètre zéro.
La seule chose que l'on sait c'est que devant nous s'ouvre la porte des derniers 10'000 Km.
La seule chose que l'on sait, c'est que nos courses confondues jusqu'à ce jour auront rapporté près de 300'000 francs pour des enfants.
La seule chose que l'on sait, c'est que le rêve existe et aura existé.
La seule chose que l'on ne sait pas….c'est de quoi demain sera fait.


La lenteur du pas

Le bonheur n'est-il pas dans la lenteur ? Cette lenteur du pas parfois me mine, surtout en ce moment. Des rectilignes droites qui s'engouffrent sous chacun de nos pas. On arrive pas à dominer cet horizon infiniment grand que l'on aperçoit à chaque clin d'oeil. Cette ligne indomptable, cette vision réelle qui, sitôt que l'on s'en approche, devient irréelle.

Cette remontée de l'est très monotone à 12 km/h. D'ailleurs la monotonie c'est notre perte douloureuse de la journée. Courir à travers champs, moutons, odeurs de fragilité. Car on sait qu'au bout de cette ligne déchirante pour notre esprit, on s'enferme dans le silence des mots. Il est inutile que l'on parle. On connaît nos phrases, nos réponses. Chacun pour soit, on doit se contenter de l'espace grandissant. L'espace est maître mais cet espace est ceinturé par des clôtures, des lois. Les clôtures sont une sécurité pour le bétail. Mais parfois, il est dommage de voir autant de barrières dans un pays aussi libre et spacieux.

On continue notre étape en se nourrissant du bruit du trafic intense. Quelle drôle d'idée.


Le silence des Agneaux

On est enfermé dans le silence des agneaux : il y a plus de moutons et d'agneaux que d'hommes ici ! C'est ici que toutes les scènes ont été filmées pour la trilogie de "The Lord of the Rings" (le Seigneur des Anneaux). Une adaptation cinéma du célèbre roman de J.R.R. Tolkien (livre le plus vendu du 20ème siècle).

L'île du Sud est quatre fois plus grande que la Suisse mais ne compte même pas 1 million d'âmes ! La Nouvelle-Zélande est située au Sud-Est de l'Océan Pacifique. C'est un archipel composé de trois îles : l'île du Nord, l'île du Sud et Stewart Island. Le pays renferme tous les trésors du monde : les verts pâturages que l'on compare au Jura de nos Alpes, les immenses plaînes de moutons, des montagnes brunes des Alpes centrales, des pics enneigés, des volcans éteints, sans oublier le berceau de la culture Maorie. Un panel de paysages contrastés que l'on traverse à 12 Km/h.

Les chaînes de montagnes si chères à notre coeur traversent l'île, du nord au sud, une mété stable : pluie-pluie-vent-pluie-vent-vent-soleil. Le soleil appartient aux doux rêveurs. Un vent qui provoque de brusques changements climatiques, ce vent provoque en nous des changements d'humeurs. Aujourd'hui étape de 45 Km., on a jeté un sort à ce vent maudit.


30'000 Km autour du globe terrestre

30'000 Km de course à pied autour du monde. C'est 30'000 fois 1 km, plus de 700 marathons au travers de 29 pays du monde. C'est ici, en Nouvelle-Zélande, en décembre 2003, que l'on a franchit cette distance importante. Quand je pense à l'Europe, à nos 20 mois d'Afrique au Moyen-Orient, à notre année d'Asie et presque un an en Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande). Je peux dire combien formidable est le partage, l'amour et la ténacité de Nicole dans cette aventure.....

Elle est terrible ! Merci du fond du coeur. Serge, décémbre 2003 . N.Z.


La différence est dans l autruche

Ce matin le réveil est dur, je n'ai pas envie de me lever. Pourtant pas question de sombrer dans le sommeil. Ma première phrase fût : je n'ai pas envie de parler. Je prends mon café en regardant dehors, comme tous les matins, Serge fait ses ses exercices d'échauffements. Je n'ai pas envie de penser à ma journée car je la connaît déjà. Une monotonie assurée "on doit apprendre à aimer l'instant présent". Se contenter de l'essentiel. A peine 100 mètres de course, Serge me dit : "Je n'ai pas de ressort, j'ai les pieds plats." Je le savais qu'aujourd'huine serait pas un jour d'équilibre dans nos têtes, chacun dans un silence absurde. On se bat avec le vent d'Est.

Les herbes ondulent, les champs où la lumière se reflète comme des cheveux d'ange. Les moutons bêlent sur notre passage, les autruches d'élevage nous accompagnent avec grâce dans un mouvement de course. Serge me lance " Comme j'aimerais être une autruche aujourd'hui". On éclate de rire. Se contenter de l'essentiel mais bientôt on doit réfléchir qu'est-ce que l'essentiel ?


Panneau à la mauvaise place

Assise au bord de la route avec le crachin des camions qui s'en donnent à coeur joie. Serge engloutit sans complexe un énorme chocolat. Nous nous sommes arrêtés juste à la hauteur d'un cimetière. A cet endroit même, au-dessus de nos têtes, un énorme panneau indique : "Vous pouvez acheter ici des cadeaux de Noël". Je suis morte de rire. Je ne sais pas si c'est de l'humour noir mais c'est parfois rigolo d'observer la contradiction sans même faire exprès.

J'observe Serge. Je dois avouer que je me fous de lui gracieusement. Il se gratte. Ses jambes sont infestées de boutons rouges. Je rigole sans détour. Il me dit toi là-bas, je ne vais pas tarder à déguerpir. Je lui lance "Cours toujours". Voilà notre complicité du jour.


Noël 2003

Noël s'est passé sans tambours ni guirlandes, ni lumières. On a regardé les étoiles, elles ont remplacées nos familles si éloignées. Joyeux Noël !


Nouvel An

Notre nouvel An se passera en tête à tête sans fanfare ni trompettes. Notre cadeau : du saumon pour célébrer humblement ce passage. L'aventure se poursuit sur la route du monde. L'année prochaine on rentre .... à la maison..... Bonne année 2004 !


 
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