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USA Décembre 2004
Joyeux Noël !

Premier avertissement hivernal. En courant vers le Nord, pieds dans la neige, le nez pour rêver sur cette incroyable traversée, reste à définir où redéfinir la notion de cette nouvelle pression qu'engendre la neige. N'est-il pas un prétexte pour me protéger, pour me rassurer. Nous n'avons qu'un choix, la vigilance. Coup de sang, ma moto dérape déjà, je doit contrôler tout dérapage. C'est avec les pieds par terre que je dirige mon engin. C'est avec cet esprit festif et le trouillomètre à zéro que je poursuis. Ce qui me lie avec elle, c'est l'amitié, la dérision et le refus de conformisme. Nous avons pris du retard sur notre planning prévisionnel... le temps presse. Notre course apparaît beaucoup plus difficile qu'esompté. Cela devient une journée sévère et beaucoup trop laborieuse pour continuer. Le spectacle de cette neige immaculée est fantastique mais cette conclusion ne me rassure en aucun cas. Nous nous arrêtons dans la première station service, le seul moyen pour me réchauffer efficacement.

D'ailleurs une demie auparavant, Serge m'avait allumé un feu au bord d'un caniveau pour me réchauffer de la première gelée sérieuse. Mais la joie de cette chaleur intense comme un orgasme que l'on n'a pas décidé a été interrompu jalousement par un allumage de sirènes policières. Certes petite intervention pas méchante mais persuasive. Nous voulions vivre l'aventuer... Après dix minutes écoulées, le combat contre le froid et la neige va reprendre. C'est sur une durée qui me semble interminable que nous allons trouver un logis au bord de la route. C'est avec ravissement que je ferme la porte. Nous voulions de l'imprévu, on va en avoir sur cette longue remontée vers le nord qui nous conduira au Canada.


La réalité de notre Amérique

On se trouve dans un pays où la technologie règne. Ici c'est le grand paradoxe des mélanges. L'Amérique se veut à la pointe de tous les regards, être la première puissance mondiale. Mais parfois, je peux vous assurer que ça ne fonctionne pas plus que dans les pays pauvres que nous avons traversés durant notre course. On perd un temps fou. Tout est robotisé par l'informatique. Pour un simple renseignement, on t'envoie toujours chez quelqu'un d'autre. Ici tout passe par Natel, par répondeur interposé. Tu n'arrives jamais à atteindre la personne concernée. Plus de références... que des bips, des lumières, des alarmes qui agressent ton quotidien. Pour une simple photocopie, tu dois faire des études à la NASA, vous allez me dire que j'exagère. Tu rentres dans un monde perturbé par autant de technologie non contrôlée.

Ce sont les nouvelles armes de guerre qui ont remplacé le contact humain. Nous qui sommes en permanence à la recherche de l'autre.... Non, je vous dis que je n'exagère rien. Pour passer une simple commande, je désire un café pas trop fort, je dois répondre à cinq questions. Non je vous assure, là encore je n'exagère pas. Après quelques tentatives échouées, on te sort un café qui n'est pas à ton goût. Résultat des courses, le café classique n'existe plus. Pour un simple payement avec une carte de crédit je ne comprends plus rien. Tout est sur écran tactile, avant c'était une simple signature.... Je vous le dit, elle va nous rendre fous cette fille. Ah j'oubliais encore, non je n'exagère pas.... Si vous ne me croyez pas... Quand tu vas acheter ta logistique pour les jours à venir hé ben pour comprendre le prix ! Tu n'arrives plus à savoir combien coûte une baguette.

Non là vous rêvez, ce n'est plus une baguette française, c'est un carré de farine qui se transforme en pain.... Tout est subdivisé par le nombre de gramme à l'unité, par combien coûte le kg, en plus de ça des étiquettes alléchantes pour te faire croire à l'action du jour. Non franchement des jours.... on en perd notre latin. On vit dans un monde de dingues où l'Homme, l'espèce humaine, sera complètement complètement bouffée encore plus par le stress inévitable. Soit disant tout cela pour faciliter la vie du citoyen ! Non, rendez-nous la vie plus simple merci. Un brin d'humanité et tout reviendra normal. Avec autant d'années d'aventure derrière nous, on se demande parfois si les pays pauvres sont vraiment moins en avance sur notre temps ... Peut-être que ce sont eux qui sont dans la véritable sagesse de vie.


Economie américaine

En aucun cas je ne voudrais me targuer de savoir la vérité sur l'économie américaine. Cette dernière s'appuie sur le principe de libéralisme absolu, un crédo souvent discuté mais jamais renié non plus. Cela tient en quelques principes très simples à la base : voir les choses en grand, laisser faire les lois du marché, ne jamais contrarier la liberté des finances des industriels et des commerçants. Laisser les investisseurs travailler sans relâche, être à la pointe du progrès, de l'innovation technologique, ne pas trop dépenser en argent liquide, payer le moins possible d'impôts et laisser les autres du secteur publique faire le reste. Cette recette économique typiquement américaine a été la clé du succès. Mais en frappant le World Trade Center de New-York, la vitrine de la puissance économique des Etats-Unis, les auteurs des attentats du 11 septembre 2001 ont terminé de mettre à genoux une économie américaine déjà fragile. La consommation des ménages est en perte de vitesse et le taux de chômage affiche une augmentation constante.


Bien loin du rêve

Tout au bout d'un rêve se trouve une image, une couleur, une odeur, un pays qui fascine notre subconscient. L'Amérique a autrefois été un mythe pour chaque génération. Qui n'a pas rêvé de l'Oncle Sam d'Amérique ? Cette fascination assez extraordinaire que nous éprouvons pour ce pays médiatique ne peut être expliqué que par sa puissance industrielle ou plutôt par son billet vert, le dollar. Peut-être avons nous tous besoin de cette formule pour y croire encore. L'Amérique est victime de ses actes. Je pense que pour que l'Amérique se sorte de cette conscience politique sévèrement critiquée, il faut que les jeunes d'aujourd'hui tentent d'incarner une nouvelle image du non laxisme gouvernemental. Bien sûr un discours qui a ses contradictions, ses faiblesses mais l'Amérique forte de demain, se sont les jeunes.


Perdre pour gagner
Je suis habillée comme une véritable forteresse à ma garde, des couches, encore des couches. Ici c'est le syndrôme du Core-tex que je rêverais de porter. Les températures descendent. Aujourd'hui on note moins 26 °. Mieux vaut bien se couvrir ! Ici comme nulle part ailleurs, on est surpris par la soudaineté de ce froid polaire mais à dire vrai les degrés ne sont pas révélateurs. Le plus dur à supporter c'est le taux d'humidité entre 50 et 84% que l'on décrypte tous les matins par le bulletin météo. Un air humide lourd qui transperce. Notre engagement est total, pas le droit à l'erreur. Des conditions hivernales trop difficiles pour notre équipement, notre moto bien courageuse, bien seule, personne ne nous envie par ici. Impossible à transposer ce que l'on ressent, on y laisse des plumes. Mon seul abri, me réfugier dans le silence de ma cagoule et de mon écharpe. Je vois à peine la route. J'ai l'ultime sentiment d'être une espionne ou plutôt quelqu'un qui essaye d'expier ses fautes, mais cela suffira-t-il ?

Pour me faire oublier la profonde solitude. Notre tenacité est-elle criticable ? Incontournable ? Définitive ou logique .... Seul le poids de nos km inscrits qui eux expriment le cheminement et l'errance que nous éprouvons à persévérer le cheminement et l'errance que nous éprouvons à persévérer.Ce n'est pas nouveau. Je n'arrive pas à me réconcilier avec mon mental, qui lui ne me suit plus d'ailleurs. On fait des sauts de puce chaque degrés, chaque km, chaque foulée comptent. Une pause, des gestes fébriles, une fuite en avant. Très vite le ton est donné, la quête de la difficulté embrase la route. Serge a le visage qui commence à geler, de petites boules disgracieuses jaunes se forment. Sûr que je panique un peu. Il transpire avec ce taux d'humidité qui plâne dans l'air. Sitôt que Serge s'arrête, il doit se protéger, un geste qu'il a oublié de faire, son esprit est bien trop préoccupé par sa tendinite qui est responsable de son faible rendement. Les jambes me paraîssent tellement petites, fines dans cette immense traversée sans appel.

Le coeur n'est plus aux futilités mais aux choses logiques. On va frapper à la première porte, on n'avait jamais fait ça de toutes nos aventures confondues mais qui va s'en plaindre ? Seul le poids de notre histoire va nous faire passer une nuit à l'abri de ce froid sidéral, une dimension vite oubliée dans le confort. Pour ce soir une page est tournée, jusqu'à la prochaine qui elle s'ouvrira à nouveau demain.


Le vandalisme de la remorque !!!

Les jours sont courts actuellement... il fait nuit à 16h30. C'est donc juste avant la tombée du jour que l'on arrive au sud de la ville d'Albany... où l'on trouve une place à l'abri de la pluie. Va bien pour ce soir, pas besoin de dresser la tente, on dormira sous un pont de l'autoroute 1-87, qui ici fait office de parking.

Apres une nuit sans poésie et presque confortable, quelle surprise! Tous les bagages de la remorque ont disparu... on a rien entendu! On retrouvera nos sacs un peu partout aux alentours... vides, éparpillés, mouillés, il a plu toute la nuit !

Seul l'appareil photo "Pentax" et l'objectif auront été voles... ils cherchaient l'argent sans doute? Les petits sacs contenant nos papiers officiels et l'argent étant utilisés comme "coussin"... difficile de nous surprendre. La police alertée fait le constat puis s'en va... on pacte nos affaires du mieux possible et ...la course continue...un peu dur pour le moral.

Entre la première neige sérieuse, la pluie quasi quotidienne, le froid et le vent glacial, la Suisse est encore loin... pourtant chaque jour, on y pense un peu plus! Depuis deux jours, une douleur persistante sur le bord droit de mon tibia gauche, me fait très sérieusement penser à une tendinite, une periostite ? Les longues étapes avant New york, la lutte contre le vent, le froid et le moral à la peine avec le décès de Maman doivent en être la cause...

Je me soigne le mieux possible avec ce que l'on a : compresse de glace plusieurs fois par jour, anti-inflamatoire et beaucoup boire... affaire à suivre!

37'422 kilomètres, Glen Falls, moins 14 degrés! Bel hiver à vous tous et merci de nous suivre


Joyeux Noël

J'ai décoré un petit sapin... avec amour et bonheur pour que l'on se sente moins seuls de nous, plus proche des autres. Cela va faire le cinquième Noël que nous avons quitté la route de la maison familiale, la route de l'amitié, la route des amis de chez nous. Une pensée pour toi, Nora, ce soir on regardera le ciel. Un clin d'oeil pour toi Louisa, ce soir on regardera les étoiles. Un sourire pour toi Arlette, ce soir on regardera la lune. Ce soir, une pensée aux gens disparus, aux gens souffrants, aux gens sans abris, aux gens de RunforKids. Merci à toutes les personnes bénévoles de ce monde. Joyeux Noël.


C ourir
A u travers d soi et des autres
N ul doute
A près c'est le grand retour
D ans notre vieux continent
A près pour sûr, c'est fini


Arrivée au Canada. L'Amérique c'est fini

Etrange de vous parler de nos petites histoires du Tour du monde.
Lorque l'on pense,avec beaucoup de peine,aux victimes de la catastrophe naturelle survenue en ASIE DU SUD-EST. Si l'on songe que l'on a passé avec la course à pied dans la plupart des pays sinistrés. Bien des enfants, des adultes rencontrés ont probablement dispaus à jamais.

Notre derniere étape de l'Amerique du Nord (MONTREAL-CANADA). Nos larmes sont suspendues, elles aimeraient couler....mais trop de retenu... Pourquoi? est-ce par pudeur? stupidité? ou peut-etre l'inverse. Une arrivée triomphante sur le Pont Jacques-Cartier, sur le fleuve Saint-Laurent. Une organisation qui n'a pas été prise à la légère, orchestrée par le Clan Beaudry nos amis Québécois. Ils ont mis leur énergie..leur enthousiasme...leur vérité.

C'est sur une distance de trois kilometres qu' une voie a été expressément fermée pour nous. Voitures de police pour ouvrir la route. Comme on se sent grand..petit..puissant..libre..heureux.. Radio Canada (télévision-radio) nous filme en direct..on passe sur les ondes. Des klaxons de sympathie, on en oublie meme le froid(-7 degrés), on en oublie la tendinite. On est transporté par l'ivresse du moment, le monde nous appartient, le monde est devant.Nous sommes comme un flocon léger qui voltigerait dans l'insouciance. Un jour pas comme un autre, on a l'impression de faire une répétition générale..étrange non!

Montréal nous accueille à son image.Elle nous remercie a sa manière de notre long trajet parcouru. On retrouve un Québec sincère.Je suis commme chez moi.Comme si je faisais partie du rythme... de leur rythme. Ici il y a une chaleur indéchiffrable, comme j'aime le dire, je les aime.
Peut-etre une exagération trop spontanée, trop personnelle. Si le monde pouvait développer cette fraternité essentielle. Le monde serait comme une palette de couleur, comme une odeur qui embaumerait.

Nous arrivons comme prévu, comme une vraie horloge suisse chez nos amis, qui ont le sens propre de l'amitié ouverte. Cette famille de trois enfants(Tour du monde) on agrandi leurs connaissances dans le globe Terre...dans leur propre vie. En rapporant du reve, de l'espoir, un message dans leur sac a dos. Une expérience en famille qui a enrichi leur quotidien, qui a certainement enrichi celles des autres, celles de leurs valeurs humaines. Ils ont réussi leur engagement total, ils sont grands, ils sont tout simplement eux-mêmes.

P.S.: Savez-vous comment on appelle ma moto par ici au Quebec ? Une bycic à gaz.... Bonne année 2005.


 
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