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Foz Do Iguaçu

Notre première ville brésilienne charrie les extrêmes, Ville polluée, entourée de bidonvilles que l'on se garde de photographier, que l'on contourne soigneusement. Mais il est difficile de ne pas se tromper de direction. Surtout depuis que nous sommes arrivés sur cette terre nouvelle. On ne comprend pas un mot car on ne parle pas le portugais. L'aventure reste quasi entière. Nous sommes à un carrefour multièthnique, plus de 400'000 habitants avec autant de visages, de religions, de cultures , de cuisines, de musiques et d'odeurs différentes. Un vrai brassage de la vie. Le centre-ville donne l'image d'une métropole en pleine expansion mais dès que l'on sort la cité ne possède plus ni système d'égout ni canalisation d'eau potable. Le schéma habituel des défavorisés qui s'entassent dans les quartiers insalubres. Cette ville n'a pas vraiment un centre unique pouvant être exploré mais plusieurs centres séparés par des rues étouffantes et encombrées. On est au bord de l'asphyxie.

Je me faufille comme une acrobate au milieu des autres véhicules à commencer par des épaisses fumées noirâtres qui s'échappent des camions, des bus, des voitures et des motos. Ce cache-cache infernal me rend nerveuse. Le chaos de la ville n'a pas changé. Mais toutefois elle abrite en permanence une devanture assez agréable. Partout la végétation épouse le béton au point qu'on ne sait plus vraiment qui de la ville ou de la jungle a précédé l'autre. Cette ville est un mariage entre modes et idées.


Nouvelle Terre, nouveau langage

Plus d'un pays derrière nous, nous avons une nouvelle fenêtre. Nous abordons un grand morceau de notre tour du monde en courant. Géant de l'Amérique latine, le Brésil conserve son pouvoir d'attraction par un contraste flagrant de carnaval onéreux contre misère au quotidien, fortunes colossales contre sous-alimentation endémique. La nature atteint les extrêmes de la démesure. Continent marécageux du fantanal et de l'Amazonie infinie. L'Amazone avec ses 6'300 Km est le fleuve le plus long du monde, 70% de ses terres sont recouvertes par une forêt qui se renouvelle toute seule c'est à dire la moitié de l'oxgène de la planète. Nous allons courir dans la démesure mais n'est-ce pas ce qui nous fascine ? Peut-être est-ce la clé.


Carte d'identié du Brésil

Nom officiel : République fédérale du Brésil
Capitale : Brasilia
Superficie : 85'111'965 Km2 (16 fois la France)
Population : 170'400'000 habitants
Monnaie : Real
Langue officiel : Portugais du Brésil
Religion : Catholique à 90%
Régime : Démocratie constitutionnelle


Phrase du jour

J'ai l'impression que nous ne faisons que nous arrêter, dis-je à Serge. Il me répond "c'est la seule manière d'avancer".


Des rêves de fortune

Ici chaque visage a son histoire, sa douleur, chacun a un nom, une identité. Mais cette chance n'appartient pas à tout le monde. Des gens qui n'ont souvent pour seul horizon que la survie quotidienne. Je regarde la vie se faufiler dans le dédale des rues étroites. Je suis en proie à des sentiments alternés. Parfois je me sens irritée par toute cette misère qui nous entoure au long de cet interminable voyage. Depuis que nous sommes au Brésil, la contradiction est en permance sous nos yeux. On flirte avec la misère et le luxe de grand nombre de voitures. Les plus pauvres font la manche, rentre chez eux dans les quartiers insalubres. Leurs rêves, que le visage de la pauvreté se dissipe.


Une soirée comme les autres

On est assis dans l'herbe, à l'arrière d'une station d'essence avec le bruit sourd d'une génératrice pour l'électricité du soir. Une dizaine de camions arrêtés les uns derrière les autres forment à eux seuls un feu d'artifice. Notre moto camouflée est bien seule parmi les détritus humains, une ambiance Mad Max.... on serait presque tentés d'y croire. Après chaque étape de course, avant la soupe du soir, on aime avoir ce moment de solitude, de rapprochement total avec nous-mêmes avec la nature de cet univers qui nous entoure, qui nous rapproche de l'homme. Le soleil descend dans les nuages en formes de cygnes, les degrès baissent, la nuit va tomber dans le concerto des klaxons. Ce soir nous dormirons dans une chambre camionneur, très simple mais très propre. Ceci pour être intime avec mon homme, mon coureur, mon enfant, mon amant mais surtout pour éviter d'être angoissée par les mauvaises surprises. On essaie de se mettre hors dangers des éventuels risques d'agressions assez réputées au Brésil.

Mais néanmoins nous n'avons ressenti aucun risque jusqu'à ce jour. Tout le monde nous paraît bien sage, poli, sans agacer les étrangers que nous sommes. On s'endort en pensant aux virages de demain.


Moi, Luis 13 ans

Luis, originaire d'Argentine, a débarqué à l'âge de 13 ans avec sa guitare pour seul bagage de vie et d'espoir : "J'ai quitté mon frère, ma maison, ma famille parce qu'elle était pauvre". Je ne voulais plus connaître la honte, le rejet de la société. Moi Luis, 13 ans, je veux devenir grand, être fier. Mais depuis une année je passe mes journées aux carrefours des grandes avenues. Quand les voitures s'arrêtent aux feux rouges, je joue un air de musique plaintive, un mélange qui me ressemble. Parfois une vitre s'ouvre et une main me tend quelques pièces. Le butin est toujours maigre, je suis toujours déçu cela me permet à peine de survivre.

On l'écoute, ce gamin nous touche. On lui demande où il habite. Il nous sourit et dit " au bord du canal plein de détritus, ma maison c'est un amas de tôle ondulées. Il faut se battre pour défendre son territoire, si une autre bande vient sur mon emplacement c'est la guerre". Luis a le regard fatigué mais son rêve de fortune reste intact. On a ressenti une très forte intimité.


Où s'arrêter ?

On s'arrête.... Pourquoi ici et pas ailleurs .... vous ne le savez pas vous ?

Serge m'enlace tendrement... regard contre regard... pas moyen d'échapper à ce sublime sentiment. Je sais immédiatement que nous venons d'atteindre un paysage symbolique de 1'000 Km de plus. Il me dit "Bravo ma petite fouine". C'est comme ça qu'il m'appelle depuis notre rencontre. Je lui lance bravo pour nos 33'000 Km ah non, 34'000 Km.

Franchement à ce moment j'avais un doute terrible car après autant d'années, autant de kilomètres, autant de pas, autant de foulées, autant d'heures sur la route, autant, autant .... Je ne suis simplement pas la meilleure ..... je suis confuse.

Il me lance "on voit que ce n'est pas toi qui les a courus !". On éclate de rire, on éclate de joie, on va s'éclater pour les prochains 1'000 Km de plus. Pour rien au monde on oublierait cet instant, se dire merci. Se dire on continue, on y va. De se dire que la route est encore bien longue.


Océan Atlantique !

mois après avoir quitté Santiago du Chili, couru plus de 30'000 kilomètres, passé la cordillère des Andes, gravi l'Aconcagua, traversé l'Argentine, passé les chutes d'Iguaçu.... on a finalement retrouvé l'Océan Atlantique au village de Peruibe, ici au Brésil. Contents.

Passage de nos 34'000 kilomètres de course le 24 mai .... sous un véritable déluge... on est paraît-il en bordure d'un cyclone ! Fatigués de devoir chercher des places sûres pour y passer la nuit (camping pas conseillé du tout : risques d'agressions ?), fatigués de passer nos soirées à l'arrière des stations de benzine, fatigués de ne pas pouvoir sécher nos bagages, c'est avec un grand soulagement que l'on retrouve le bord de l'Océan Atlantique.

Tout devient plus facile, on court d'un petit village à un autre. On trouve des "Pousadas" (petits gîtes simples mais soignés) pour la nuit.

On a évité la ville de Sao Paulo (18 millions !) par le sud, par la jolie route de la côte en passant par les localités de Peruibe, Ytanhaem et Santos, la jolie ville et son boulevard balnéaire de 10 kilomètres où pour la première fois j'ai vu des gens courir, faire leur jogging de santé !

Un passage en ferry obligatoire et la course se poursuit par Bertioga, Juquia et Sao Sebastian. Incroyable : entre chaque crique, la route sinueuse monte, grimpe à l'assaut d'une colline bien raide pour redescendre aussitôt dans la crique suivante ! Très beau mais très exigeant !

Aujourd'hui enfin le soleil ..... qu'il brille pour vous aussi, du moins on l'espère.

34'108 Kilomètres, Sao Sebastian, Brésil.


Libres d'être pauvres

Les nuages ne veulent pas se dissiper, la pluie menace. Serge court dans la cohue des camions. Nature démesurée, capricieuse par son exubérante végétation, de petites maisons de fortunes couvertes de tôles ondulées s'y accrochent désespérement. Ce qui frappe le plus dans tous les pays du monde que Serge a courus c'est que toutes les populations desespérées, bannies, rejetées on toujours la peau foncée. Ceux qui n'ont pas la même couleur, la même odeur. Pourquoi ? Je me pose la question et me la poserait toujours. Je n'ai pas encore vu un seul blanc vivre dans de tel endroits.....pourquoi ?

Chacun est spectateur de cette solitude humaine. Que faisons-nous ? Rien. On a constaté le désastre que font les gouvernements de ces pays. Ils deviennent auteur du mensonge.

La place des blancs

Le Brésil est une société multiraciale. Dès le début de la colonisation, contrairement aux Anglais ils ne réprimèrent pas les relations interraciales. De plus, le manque de femmes favorisa les unions entre ethnies. Le Brésil présente donc toute la gamme de métissage. Il y a plus de quarante adjectifs pour désigner les différentes nuances de couleurs de l'épiderme.

Tous les leviers de commande politiques et économiques sont aux mains des blancs. Les médias ne présentent en général que l'image du blanc. L'immense majorité des journalistes sont blancs et les animatrices les plus en vue sont des poupées blondes aux yeux bleus. Même si le symbole du Brésil provoquant tous les fantasmes des touristes est la belle mulata devenue une sorte d'image de marque.

Un dicton précise "Au Brésil on se marie avec plus blanc que soi mais on fait l'amour avec plus noir que soi". Il n'y a rien de plus vrai, aujourd'hui encore.


Le clochard de nulle part

Nous dormons à nouveau dans un décor habituel au Brésil. Nous sommes rythmés par les stations essences faciles d'accès. Aucune perte de temps. Mais quand nous arrivons, rien de très engageant. Nous avons plutôt envie de fuir que de rester. Ce genre d'endroit s'apprivoise comme un regard que l'on croise. Mais à chaque fois ces arrêts obligatoires nous montrent une vie trépidante. On s'amuse à jouer à se mettre un nom, une histoire sur des visages qui passent sans jamais porter un jugement car ici c'est un tremplin, un carrefour d'anonymes.

On rencontre des gens paumés, désoeuvrés, en échec d'une société mais c'est aussi le carrefour des échanges et des confessions. Juste à côté, on aurait tendance à fuir mais nous ne voulons pas l'offusquer. Que lui resterait-il à ce pauvre bougre ? Un affront de plus, pas question de mépriser un homme. Alors en diplomatie, je le salue et lui tends une bouteille de coca. Il me fait comprendre qu'il aimerait bien des cigarettes. Je vais lui en acheter car on ne peut pas toujours peser le pour et le contre. Ce soir, ce sera le pour qui l'emportera.

Un large sourire se dessine sur des lèvres imbibées d'alcool. Il va sombrer dans une nuit silencieuse Nous avons croqué un instant de vie, instant spontané. Merci à toi clochard de nulle part.


La phrase du jour :

Je pue le chien mouillé, cette odeur déborde de tous les côtés. Je vais acheter de l'Azzaro comme les Italiens.

 
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