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La "Great Ocean Road"

La route la plus spectaculaire de l’Australie longe sur 200 Km les falaises et les plages désertes.
On peut voir des formations rocheuses surprenantes près de la côte où l’érosion continuelle a excavé les falaises et isolé des îlots de la terre ferme. Les fameux Douze Apôtres qui ressemblent à des sentinelles de pierres veillant au large. La mer remodèle constamment le profil de cette côte. Elle ne laisse subsister en les isolant du continent, que les rochers les plus durs qui finiront par s’écrouler sous la violence inédite des éléments.

Les grands eucalyptus exhibent des troncs noués et torturés par les vents venant du large, ces vents qui soulèvent des crinières d’écume sur les rouleaux qui viennent des profondeurs de l’océan. C’est sur cette route mythique que nous passons le cap des 27'000 Km de course, pour nous c’est toujours l’occasion de se dire merci.


100% fautifs ! !

Il y a des jours pas comme les autres, j’en tremble encore. Aujourd’hui la lumière est éclatante, l’humeur est légère, des rectilignes s’engouffrent dans un paysage nu. Un paysage où l’infini est grand, où la nature domine les pas de l’homme. La lumière est surnaturelle, l’asphalte noire jaillit dans toute sa splendeur. Ici c’est la légèreté de l’être, Serge court comme une plume qui s’envole dans le ciel. Mais cette plume aurait pu s’envoler à tout jamais. Nous avons eu la plus grande frayeur de notre existence. Cette vie si chère, on a bien failli la perdre sans prendre garde. Pas une minute on a pris conscience du danger.

Ses lumières si belles dans l’objectif avisé, une route surnaturelle gonflée par un paysage audacieux, arrogant. Qu’une envie de la filmer, de la déshabiller sous tous les angles.
Pas une seconde on a imaginé notre erreur. Tellement habitués à être sur la route que notre vigilance nous a complètement fait défaut, nos réflexes aussi d’ailleurs. Serge accroupi sur la route, l’œil collé dans l’objectif, moi partant à la conquête d’une ligne sans courbe.

On n’a pas réalisé ni l’un ni l’autre que Serge était sur la mauvaise piste du trafic à haute vitesse.
Soudain, en plein virage un camion de 20 tonnes au moins surgit ! J’entends un klaxon qui retentit du fond des âges, je regarde dans mes rétroviseurs.. ! !

En une fraction de seconde, je crie de douleur, je sais pertinemment que Serge a passé dessous.
Le camion me frôlera en pleine vitesse. Je n’ose pas regarder en arrière, car je suis sûre que mon mari est mort, aucune chance, personne ne peur résister à ce choc. J’arrête ma moto, je me retourne, Serge est là, je crois en un mirage. Je m’exclame comment est-il possible que tu sois miraculé ? Pour la simple raison que le camion m’a évité, le chauffeur a eu un réflexe surhumain, il a pris le risque de se déplacer complètement sur l’autre chaussée. Heureusement personne ne venait en face. Le camion quant à lui à continué à se perdre dans l’infini, en nous laissant sans voix.

Notre erreur monumentale a été causée par nos mauvais réflexes. Car en Australie nous roulons à gauche et bien souvent nos réflexes raisonnent autrement, comme si nous roulions à droite. On ne change pas comme ça notre instinct, notre éducation des gestes. Malgré les années que nous sommes sur les routes de l’aventure, celle-ci a été la plus provocatrice. Aujourd’hui la route n’a pas voulu nous prendre, nous faucher en pleine course, elle a voulu que nous continuons notre ligne tracée. Eh bien je crois que quelqu’un nous protège de tout là haut.


Une vie toujours précaire (Aborigènes)

C’est un sujet délicat et préoccupant en Australie. Dans son ensemble, la population aborigène est étirée, déchirée, malmenée entre deux mondes, entre traditions millénaires et modernité étrangère. On ressent fortement cette grande division. Surtout les aborigènes des villes, le plus souvent sans travail, alcooliques, forment la seule classe nécessiteuse de l’Australie. Parmi eux seuls les cow-boys des stations d’élevage vivent dans des conditions économiques comparables à celles de leurs collègues blancs.

Mais le problème c’est le chômage qui entraîne de terribles conséquences, dont l’alcoolisme qui est trois fois plus élevé que dans le reste de la population australienne. La raison majeure en est le manque d’un niveau suffisant d’études, de qualifications professionnelles. Certains Aborigènes ont préféré fuir ce monde du Blanc." La seule vraie religion des Blancs, le travail, n’est pas la leur "( phrase Judith Wright 1915)

Ils reviennent gentiment sur leurs terres, en pleine nature, malgré l’insalubrité des installations. La vie se révèle bien plus compatible avec leurs aspirations profondes. Ils peuvent ainsi cultiver leurs arts, leur savoir-faire qu’aujourd’hui le blanc exploite dans les galeries de luxe, (no comment) sous le prétexte que cela aide la communauté des Aborigènes. Les Aborigènes ont subit la perte de leurs terres, la destruction de leurs cultures, aujourd’hui ils sont complètement déracinés. Mais le chemin à parcourir est encore long avant que les Aborigènes ne soient plus considérés comme « une communauté du tiers-monde en marge d’un pays développé » .


Le temps des massacres

L'arrivée des colons anglais en 1788 se traduit par l'expulsion des aborigènes de leurs terres, la destruction d'une partie de leurs cultures et leur désintégration sociale. Les anglais apportèrent des maladies contre lesquelles les aborigènes n'avaient pas de système immunitaire. Le choc des deux cultures séparées par cinquante siècles infilgea au aborigènes un traumatisme grave dont ils commencent seulement à se relever.

Les colons considéraient l'Australie comme une terre sans propriétaires. Dans certains endroits, les colons pratiquaient "la chasse à l'aborigène" ou les empoisonnements avec la ferme intention de les exterminer, ce qui est bel et bien arrivé aux aborigènes de Tasmanie. L'extermination fut organisée dès 1828. D'autres aborigènes encore se retrouvèrent parqué dans des réserves quasi carcérales. On leur imposer des noms européens et le port de vêtements. Les épidémies, l'alcool ou le chagrin tout simplement les exterminèrent cruellement.


Le passé est bien présent dans les mémoires

Quand le passé refait surface par la présence d'un simple livre posé sur une étagère poussièreuse. Quand tu t'imprègnes de l'histoire des aborigènes, un seul mot, une seule parole : la honte, la colère. Pas fière d'être blanche. D ailleurs tu ne verras jamais un Australien se mélanger avec un aborigène et vice versa. Cependant cette belle carte postale ne vaut que lorsque l'on est blanc car les australiens ont du mal à demander pardon aux aborigènes qu'ils ont martyrisés pendant plus d'un siècle.

Aujourd'hui, les ados s'entassent dans les banlieux minables et les chances sont quasi inexistantes pour les enfants. Telle était la dénonciation de la championne olympique, Cathy Freeman lors des jeux olympiques de Sydney en 2000.


Phrase qui illustre la domination
"L'Australie est mon lieu de naissance mais je ne peux l'appeller mon pays car je n'ai pas le droit d'y vivre avant qu'un traité ne soit conclu avec ses habitants d'origine, je serais sans foyer au monde". Germaine Geer, Journal of the Plague Year (journal de l'année de la peste) 1988. "Australia is my birth place but I can't call it my own as well as my native land for I have no right to live there until a treaty is agreed with the original inhabitants, I shall be homeless in the world ".


Australie c'est fini

L'Australie est derrière nous, devant nous l'inconnu. Cette Australie nous l'avons vécue au rythme des distances, d'un horizon infini, de paysages sublimés par le détail. Ce pays immense ou l'on se sera senti bien souvent comme à la maison, notre chez soi ici, là-bas, ailleurs. Nos petites caravanes de fortune qui nous ont abrité du vent, de la pluie, de la chaleur, elles ont participé à une logistique plus facile.

Courir l'Australie, le pays le plus facile à tous les niveaux autant par les gens que par l'hygiène et par la nourriture. Mais à vrai dire, nous ne connaissons que très peu l'Australie. Ce pays est tellement gigantesque, très différent suivant les endroits. La vraie et authentique Australie nous la laissons à d'autres voyageurs en quête de découvertes. L'Australie est un pays à conquérir, une terre de grandes espérances, l'éldorado des temps modernes. Elle se termine avec le souvenir d'un magnifique coucher de soleil.

L'Australie aura été notre 4e continent, on ferme le livre en vous disant à la prochaine pour de nouvelles aventures. A bientôt.


L'Alaska en passant

Qui aurait pu croire un jour que Serge et moi nous nous retrouvions à Fairbanks (Alaska). Le terminus de notre route du Défi Américain (24'115 Km). Un hasard, une coïncidence, le destin. Six ans après rien n'a changé ici. Toujours l'immensité de l'espace qui nous frappe avec sa faune sauvage, sa véritable froideur. Bien sûr, rien à voir avec notre arrivée du 4 décembre 1997 à moins 32 degrès. Des images gravées à jamais. L'Alaska est à nouveau sur notre route. Six ans plus tôt, par un froid sidéral, des poignées de main s'arrachèrent mais notre seule préocupation était de nous mettre au chaud.

C'est incroyable comme ici on se rappelle de cette arrivée, car personne auparavant n'avait vu ça en Alaska, un coureur et une femme sur un scooter franchir une ligne de vie, ligne d'amour. Six ans plus tard nous voici avec des gens qui eux ne nous ont pas oubliés. En particulier Ron Zamber et sa charmante épouse Suzanne. Un éminent chirurgien opérant les yeux ici à Fairbanks. Plus de 8'000 opérations à son actif remportées avec succès. Une fois par année il part avec sa logistique et ses assistants dans un pays du tiers-monde pour sauver la vue.... une dévotion humaine énorme. Il mets ses propres compétences au service des pauvres en leur redonnant une lueur d'espoir, non pas une lueur, mais simplement l'espoir de revoir à nouveau.

Quel geste de la part d'un médecin qui prend tous les risques de partir avec 25 containers de matériel chirugical dans les pays du tiers-monde pour opérer gratuitement. Avec 150 francs suisse tu sauves une vie, tu sauves une vue. Ron et Suzanne sont des gens d'une rare exception. Leur plus grande qualité, l'humanité, face à leur immense bagage, à leur travail qui se prépare des mois à l'avance. Des autorisations, des demandes, à n'en plus finir. Ils doivent trouver du personnel sur place, un travail de titan. Mais quelle récompense pour lui quand les gens retrouvent la vue par une simple opération de la cataracte. Il a opéré dans plusieurs pays différents où la culture est différente, la manière de vivre est aussi autre (Equateur, Malawi, Népal). C'est d'un commun accord que nous allons collaborer avec ce chirurgien.

Notre course se poursuivra dans la longévité de notre idée.... courir pour les enfants qui eux sont simplement notre avenir. Car on a jamais perdu espoir après l'abandon de Terre des Hommes, que cette course porte ses fruits. Ne jamais abandonner quand plus personne n'y croit. Malgrès les maladies, les déprimes, le choc des images, les guerres, les révoltes, les souffrances rencontrées, jamais on a perdu l'espoir d'aider à notre manière.


J'ai retenu cette anecdote

C'est au Népal que cela se passe, sous une chaleur étouffante, un vieil homme au visage crevasse, ses mains tremblent dans à peine une heure il va se faire opérer par Ron, cet homme n'a jamais vu de sa vie, il ne connait pas notre monde, pas les couleurs, il est entouré de sa femme qu'il n'a jamais vu. L'opération s'est bien passée pour lui, il ouvre les yeux... il n'y a pas de mots pour raconter ça. Il regarde autour de lui, il regarde un visage : ma femme, tu es encore plus belle qu'avant. Mais il n'a jamais vu son visage auparavant. Des larmes coulèrent, sa vie fut transformée pour toujours.

 
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