ban

Simplement courir !

Il est difficile d'avouer ses sentiments pour l'instant sur cette remontée de la côte Est de la Floride. On est trop prisonnier de cette chaleur, on étouffe... La tête de Serge est comme un choux-fleur que l'on met dans une marmitte à vapeur. Chaque 2 Km, Serge doit faire un arrêt obligatoire pour boire, se sécher le visage, revenir au calme. Les veines de son front deviennent parfois très enflées. Il est seul face à lui-même, face à son adversaire.

En ce moment, nous ne faisons que des étapes de 32 voir 33 km. Nous sommes dans l'incapacité tant morale que physique d'en faire d'avantage. Il ne faut pas douter de cette fatigue qui nous envahit l'esprit mais il faut encore avance dans ce monde perdu, continuer notre course de tous les instants, de tous les temps. Quand le doute t'envahit, chasse-le, souffle-le dans une autre direction. La course est un moyen d'exprimer des sensations fortes. Avec elle tu ne peux tricher, ta condition physique et psychique montrent leur vrai niveau. Courir est un élément dominateur. Quelque soit la raison, si ton organisme refuse tout effort, tu dois t'arrêter.

Parfois cela renforce ta rage et tes doutes car pour nous, tous les Km sont importants. Moins en en fait, plus le chemin du retour sera long.


Phrase du jour

Je suis comme une machine à laver

Je lave, je mouille, je rince ..... mais je ne sèche jamais. (dit par Serge au Km 35'281)


Gorgia USA - Prisonniers d'état

C'est en longeant une ligne sans fin, sans relief, sans détour que mon esprit en pleine révolution cède aux caprices divagatoires et tortueux. Je ne sais pas quel détail pourrait me faire oublier cette monotonie impossible à décrire... Bizarrement, à cet instant, je crie à Serge, à mon coureur. Perdu dans sa foulée de raison, il n'entend rien. Perdue dans cette vision anormale, je vois un panneau couleur fluo avec des lettres en caractère gras indiquant " Attention, prisonniers d'Etat au travail". Là c'est vrai, je n'exagère pas, j'hallucine. Hé oui, ça existe.

Un principe me pousse à réfléchir sur l'objectif d'une telle signalisataion. Est-il nécessaire d'afficher une description si humiliante ? J'ai un principe qui m'est cher : ne faire aucune différence. Ce qui me pousse encore plus à tous les saluer d'un petit signe de la main. Serge en fait autant. Heureusement qu'il nous reste ces terrains neutres. L'esprit de la tolérance, une belle école de vie, une leçon de dignité.


Les Kamikazes

Rien ne nous arrête, notre mental est plongé dans l'exercice de notre folie, chacun pour soi. La chaleur nous accable, elle nous plonge dans l'extravagance d'une solitude sans fin. On se dit, vivement la prochaine pause à l'ombre. Mais ici il faut savoir prendre le moindre recoin, le moindre espace ombragé. Aussitôt le bonheur trouvé, que cela tourne vite au cauchemard. C'est une invasion de kamikazes qui nous attaquent sans pitié. La pointe de leur avion s'enfonce dans notre peau dégoulinante et poisseuse de transpiration. C'est la chasse, la guerre.

On asperge, on écrase, on tape sans ménagement. Aucune pitié pour ces bestioles qui nous empoisonnent. Ce sont des traitres, ils attaquent toujours par derrière, jamais de front. On l'a toujours dit, le moustique est la pire espèce de cette planète. Plus c'est petit, plus c'est méchant.


Un geste universel

C'est dans l'horizon infini que l'on aperçoit, deux petits points qui s'agrandissent. Plus on s'en approche, plus on se dit qu'ils doivent nous connaître. De grands gestes spontannés, des sauts de joie, des hochements de tête, des balancements de bras qui dansent dans les flammes du soleil. Je parque mon engin de deux-cents kilos en contrebas de la route. Nos inconnus nous embrasse. Très vite, on comprend que nos deux jeunes sont sourds et muets. Nous n'avons jamais été confronté à une situation plus émouvante. C'est avec des grands gestes et par des expressions exagérées du visage que l'on essaye de se faire comprendre. Un apprentissage difficile en seulement quelques minutes. On aimerait ne pas les décevoir.

Tellement d'efforts pour montrer la joie qu'ils diffusent. Leur manière d'être est une richesse profonde, on a envie de protéger cet instant précieux.

Ils nous font comprendre qu'ils sont aussi Suisses en montrant notre drapeau peint sur la plaque. D'un geste d'une grande émotion, l'un d'eux met sa main droite sur le coeur en désignant le drapeau hélvétique. Il a tellement envie de faire passer ce message. En l'espace de quelques secondes d'étonnement, nous nous sommes plongés dans leur univers. C'est en repartant chacun dans sa direction que nous avons pris conscience, peut-être pour la première fois de notre vie, l'existence difficile que peut endurer un sourd et muet. Grâce à vous deux, nous avons basculé dans la vérité d'une belle parole : la plus belle parole de l'homme, c'est celle du silence.


36'000 Km

Que dire sur 36'000 Km de course... de moto au travers de 33 pays du monde. Que dire tellement le chiffre est grand et déraisonnable. La seule chose que l'on sait vraiment... 36'000 Km jusqu'à aujourd'hui. C'est sans bruit, sans détour que l'on se prépare, que l'on se bat pour le prochain millier de Km.

Chaque mètre, chaque Km est une victoire sur l'inconnu. Caroline du Nord.


"Phrase du jour"

C'est bien dommage que nos Km n'avancent pas durant nos pauses au bord de la route.... Duhram, Caroline du Nord.

36'000 Km. de course à pied, c'est une fois et demi la distance courue lors du Défi Américain, la traversée des Amériques (24'115 Km) sous une pluie diluvienne. Cela fait quatre ans que je cours après Nicole, maintenant c'est Jeanne qui me court après (Jeanne c'est le nom du quatrième ouragan qui a frappé la côte Est des Etats-Unis).

 
  Accueil
  Les News
  Portrait
  Les Photos
  Les Vidéos
  Livres
  Conférences
  Guide montagne
  
  International
  Vision Quest

  Liens
  Contact

  Administration


 

Pour être tenu au courant des dernières nouvelles,
inscrivez-vous à la mailingList RFK !

Adresse email :

Inscription
Désinscription


Haut de la page         Site en Anglais (english)

Site développé par
Tous droits réservés.